« Respecte les femmes »
- JeanClaude Decalonne

- il y a 4 jours
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Je ne devais pas avoir plus de dix ans lorsque ma mère commença à me répéter cette phrase.
« Respecte les femmes. » À l’époque, je ne comprenais pas vraiment pourquoi elle y revenait si souvent. J’étais fils unique. Je ne faisais rien qui puisse justifier une telle recommandation. Je l’entendais, sans en mesurer la portée.
Pourtant, ces trois mots sont restés là, quelque part dans un coin de mon cerveau. Ils ont traversé les années en silence. Aujourd’hui, ils reviennent sans cesse, et une question me poursuit. Qu’avait donc vécu ma mère pour considérer cette transmission comme si essentielle ? Je ne le saurai jamais.
Elle est partie à cinquante-neuf ans avant que je pense à lui poser la question. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir ouvert cette porte de son histoire.
En revanche, j’ai ouvert une autre porte. Celle de la transmission. J’ai répété cette même phrase à mes deux fils et aujourd’hui, je commence à la transmettre à mes petits-fils. Parce que je crois que devenir un homme ne consiste pas à être le plus fort.
Je crois que devenir un homme, c’est comprendre que la force donne des devoirs. La nature a voulu que les garçons soient, en général, plus puissants physiquement que les filles. Ce n’est ni un mérite ni une supériorité. C’est une responsabilité. La responsabilité de protéger.
Protéger les plus fragiles, protéger ceux qui ne peuvent pas toujours se défendre, protéger les enfants, protéger les femmes.
Protéger toute personne victime de violence ou d’humiliation.
Les seules colères qui grandissent un homme sont celles qui s’élèvent contre l’injustice. L’actualité nous rappelle chaque jour combien cette éducation fait défaut. Violences conjugales, féminicides, agressions sexuelles, harcèlement, humiliations.
Et partout, des enfants qui grandissent en croyant que la domination est normale. Nous avons sans doute eu tort de penser que cette question relevait uniquement de la famille. Puis d’autres ont affirmé que l’école n’était là que pour instruire.
Alors chacun s’est renvoyé la responsabilité. Pendant ce temps, des enfants continuaient de grandir sans entendre ces quelques mots si simples. « Respecte les femmes. »
Je suis convaincu que toute une société participe à l’éducation. La famille, bien sûr. L’école, évidemment. Mais aussi les clubs sportifs. Les associations. Les maisons de quartier. Les écoles de musique. Les chorales. Les orchestres. Les ateliers de théâtre.
Tous ces lieux où des adultes montrent, par l’exemple, ce que signifie vivre ensemble.
Lorsque des enfants jouent dans un orchestre, ils découvrent une règle extraordinaire.
On ne couvre pas la voix des autres. On écoute. On attend son tour. On respecte chaque place.
On comprend que la réussite collective vaut mieux que la démonstration individuelle.
Cette éducation-là dépasse largement la musique. Elle façonne des citoyens.
Voilà pourquoi je crois profondément que les collectivités qui investissent dans les pratiques artistiques investissent aussi dans la sécurité de demain. On installe volontiers des caméras. Elles constateront les violences. Elles ne les empêcheront jamais de naître.
En revanche, offrir à des milliers d’enfants des lieux où l’on apprend la coopération, l’écoute, le respect, la beauté, la responsabilité, voilà peut-être l’un des plus puissants investissements qu’une société puisse faire.
La sécurité ne commence pas dans une salle de contrôle. Elle commence dans le cœur d’un enfant.
Peut-être, un jour, l’un de mes petits-fils répétera lui aussi cette phrase à ses propres enfants.
Alors, sans le savoir, ma mère continuera de parler.
Et son message continuera, lui aussi, de protéger des femmes.
JeanClaude Decalonne Fondateur de TUTTI Passeurs d'Arts






En effet, la répression et la surveillance ne sont pas des solutions. Éduquons, montrons, expliquons au futur.e.s adultes l'importance du respect et de l'écoute d'autrui. Les associations sont des lieux clé d'apprentissage du respect!