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Lorsque la musique se tait, ce n’est jamais une bonne nouvelle pour l’humanité


Il y a quelques années, j’écrivais sur l’orchestre Zohra. https://www.decalonne.fr/post/la-musique-est-un-combat

Orchestre Zohra : jeunes musiciennes afghanes
Orchestre Zohra : jeunes musiciennes afghanes

Un orchestre composé de jeunes filles afghanes, orphelines ou abandonnées, qui avaient trouvé dans la musique un refuge, un espace de liberté, un moyen d’exister dans un monde qui leur refusait déjà tant de choses. Je me souviens de leurs visages. Je me souviens de leur courage. Je me souviens surtout de ce que représentait cet orchestre : une victoire de la lumière sur l’obscurité.

Puis les talibans sont revenus. L’orchestre Zohra a disparu. Les instruments se sont tus.

Certaines de ces jeunes filles ont réussi à fuir. D’autres non.

Nous ignorons ce qu’elles sont devenues. Et c’est peut-être cela qui me bouleverse le plus : nous avons fini par ne plus nous poser la question. Depuis 2021, les femmes afghanes ont été progressivement effacées de la société. Elles ont perdu le droit d’étudier. Le droit de travailler. Le droit de se déplacer librement. Le droit de chanter. Le droit d’exister pleinement.

Aujourd’hui, certains responsables politiques européens envisagent pourtant de recevoir officiellement des représentants du régime taliban.

Une lettre courageuse, portée par Elisabeth Cazaux et signée par trente-quatre députés européens, s’oppose à cette démarche. Trente-quatre. Seulement trente-quatre. Face à un régime qui persécute les femmes, enferme les filles, réduit au silence les artistes, détruit l’éducation et gouverne par la peur.

Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas comment l’on peut s’habituer à l’inacceptable. Je ne comprends pas comment l’on peut envisager de normaliser des relations avec ceux qui ont fait de la négation des droits humains leur mode de gouvernement.

Je ne comprends pas comment nous pouvons détourner les yeux alors que des millions de jeunes filles sont privées de leur avenir.

L’histoire nous enseigne pourtant une leçon simple. Toutes les barbaries commencent par être dénoncées. Puis elles deviennent un sujet parmi d’autres. Puis elles disparaissent progressivement des conversations. Enfin, elles finissent par sembler normales.

Ce n’est pas seulement l’action des bourreaux qui rend les tragédies possibles. C’est aussi l’accoutumance des témoins. L'habitude, le silence, l'indifférence.

Je repense souvent aux jeunes musiciennes de Zohra. Je me demande ce qu’elles sont devenues, si elles ont conservé quelque part le souvenir d’une répétition, d’un concert, d’un instant de liberté. Je me demande surtout ce que nous leur devons.

Car la question n’est pas afghane. Elle est profondément humaine.

Chaque fois qu’un enfant est privé de son avenir, chaque fois qu’une jeune fille est privée de sa liberté, chaque fois qu’un artiste est réduit au silence, c’est une partie de notre propre humanité qui recule.

Nous ne pouvons pas sauver tous les enfants du monde, mais nous pouvons au moins refuser d’oublier. Refuser de banaliser. Refuser de considérer l’horreur comme une simple actualité parmi d’autres.

Car lorsque nous cessons d’être indignés, ce n’est pas seulement la liberté des autres qui est menacée. C’est la nôtre.

Et lorsque la musique se tait, ce n’est jamais une bonne nouvelle pour l’humanité. JeanClaude Decalonne Président de TUTTI Passeurs d'Arts


 
 
 

1 commentaire

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Invité
il y a 4 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

En écrivant cet article, je pensais bien sûr aux jeunes musiciennes de Zohra. Mais je pensais aussi à tous les enfants du monde dont les droits sont sacrifiés dans le silence ou l’indifférence. Aux enfants exploités dans les mines, aux enfants soldats, aux enfants victimes de la traite humaine. Aux enfants privés d’école, à tous ceux qui grandissent dans la peur ou la misère, aux petites filles à qui l’on vole l’avenir avant même qu’elles aient le temps de rêver.

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