Quand la terre tremble, l’orchestre reste debout
- JeanClaude Decalonne

- 12h
- 2 min de lecture

Le Venezuela est de nouveau frappé par un terrible séisme. Mes pensées vont vers ce peuple auquel je suis profondément attaché.
J’apprends que les équipes d’El Sistema se mobilisent immédiatement auprès des populations touchées. Cette réaction ne me surprend pas, elle me ramène vingt-sept ans en arrière.
En décembre 1999, l’État de Vargas (Nord du Venezuela, entre Caracas et la mer des Caraïbes), fut ravagé par des pluies diluviennes et des coulées de boue d’une violence inouïe. Des milliers de personnes périrent. Des familles entières disparurent, des dizaines de milliers d’enfants se retrouvèrent sans foyer.
UNE IMMENSE COMMUNAUTÉ HUMAINE À ce moment-là, José Antonio Abreu ne se demanda pas comment sauver les orchestres. Il se demanda comment sauver les enfants. Les núcleos d’El Sistema ouvrirent leurs portes. Des enseignants, des musiciens, des bénévoles accueillirent les familles déplacées. On redonna des instruments à ceux qui les avaient perdus. On redonna surtout un cadre, une présence, une espérance.
El Sistema n’a jamais été un simple réseau d’écoles de musique. Il est une immense communauté humaine. J’ai souvent dit que José Antonio Abreu avait créé le plus grand modèle d’éducation musicale de notre planète. Aujourd’hui, j’ai envie d’aller plus loin.
Il a probablement créé l’un des plus beaux modèles de protection de l’enfance que je connaisse.

Lorsque tout s’effondre autour d’un enfant, il reste parfois un professeur, un chef d’orchestre, un pupitre, des camarades… et la certitude que quelqu’un l’attend.
Voilà ce qu’Abreu avait compris avant beaucoup d’autres : la musique n’est pas une fin. Elle est un refuge. Elle est un lien. Elle est une reconstruction.
Depuis plus de vingt ans, je m’efforce de faire comprendre cette évidence à ceux qui décident de nos politiques publiques. Nous continuons trop souvent à considérer les orchestres comme une activité culturelle parmi d’autres, alors qu’ils peuvent devenir des lieux de sécurité, de confiance, de fraternité et d’émancipation.
Le Venezuela nous donne aujourd’hui une nouvelle leçon. L’héritage du Maestro n’était pas seulement une méthode pédagogique. C’était une manière de prendre soin des êtres humains.
José Antonio Abreu n’aurait sans doute jamais raconté lui-même cette histoire. Ce n’était pas son style.
Il ne cherchait pas à transformer les drames humains en outils de communication. Les actions de solidarité menées par El Sistema restaient souvent dans l’ombre, parce que l’essentiel n’était pas de valoriser l’institution, mais de protéger les enfants.

Toute sa vie, il a refusé de se mettre en avant. Lorsqu’il parlait d’El Sistema, ce n’était jamais pour célébrer une réussite personnelle ou institutionnelle. Son regard revenait toujours vers les enfants : leurs progrès, leurs sourires, leur dignité retrouvée, leur avenir.
C’est peut-être la plus belle leçon qu’il nous laisse. Une œuvre éducative n’a pas besoin de proclamer son humanisme ; elle le démontre par ses actes. Et tant que cet esprit continuera d’habiter El Sistema, José Antonio Abreu ne cessera jamais vraiment d’être présent. JeanClaude Decalonne Fondateur de TUTTI Passeurs d'Arts
Pour cet article, je me suis replongé dans mes souvenirs, dans mes rencontres avec Bolivia Bottome, JoséJosé Gimenez, Yefren Carrero, Jorge Chaminé... Merci à eux
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