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Le patrimoine humain : l’immense oubli de la République.


Il existe des lieux qui semblent condamnés.

Des villages abandonnés, des quartiers que l’on ne montre plus, des cités où l’on ne parle que d’insécurité. Des territoires que l’on finit par considérer comme perdus.

Puis, un jour, quelques femmes et quelques hommes décident que l’histoire n’est pas terminée.

L’histoire de Bussana Vecchia, racontée par le Centre Européen de Musique, en est une magnifique illustration. Après le terrible tremblement de terre de 1887, ce village ligure est resté désert pendant plus de soixante ans. Les pierres étaient toujours là. Mais elles n’avaient plus d’âme.

Il n’a pas fallu un miracle financier ni un plan technocratique. Il a suffi que des artistes décident d’y vivre. Ils ont redonné une voix à des murs qui n’en avaient plus. Et le village est redevenu vivant.

Cette histoire devrait faire réfléchir tous ceux qui imaginent que l’on reconstruit un territoire uniquement avec du béton, des règlements ou des budgets. Les bâtiments comptent, les équipements sont indispensables, mais ils ne prennent leur véritable valeur que lorsqu’ils accueillent un projet humain.


Une école vide n’éduque personne. Une salle de spectacle sans artistes reste silencieuse. Un quartier rénové sans vie culturelle demeure un quartier triste. Ce sont les femmes, les hommes et les enfants qui donnent une âme aux lieux.

Depuis des années, c’est cette conviction qui guide mon engagement avec les orchestres TUTTI. Je rêve de Maisons Passeurs d’Arts. Pas de bâtiments prestigieux, mais des lieux ouverts. Des lieux où un enfant pousserait une porte pour découvrir un violon, une flûte, un saxophone, un trombone ou un hautbois pour la première fois de sa vie. Des lieux où les générations se rencontreraient, où les artistes viendraient transmettre, où les habitants retrouveraient une fierté collective... des lieux où un enfant pousserait !

Je suis convaincu que l’on pourrait installer de telles maisons dans les quartiers les plus difficiles de France, dans les villages oubliés, dans les territoires ruraux comme dans les cités les plus pauvres.

Et je suis convaincu qu’elles deviendraient rapidement les plus beaux endroits d'une région. Pourquoi ? Parce que les enfants y feraient naître l’espérance.

Nous en avons déjà vu les preuves.


José Antonio Abreu l’a démontré au Venezuela en faisant naître des orchestres là où beaucoup ne voyaient que la pauvreté.

Nous l’avons vécu nous-mêmes lorsque nous avons créé, en quelques mois seulement, un orchestre d’enfants en Afrique. Les difficultés n’ont pas disparu. Mais les regards, eux, avaient changé. Les familles avaient changé. Les enfants avaient changé.

La musique n’efface pas les problèmes. Elle révèle les ressources humaines qui permettent de les dépasser.

Alors une question me hante. Pourquoi continuons-nous à considérer ces projets comme des expériences exceptionnelles, alors que nous savons qu’ils fonctionnent ?

Pourquoi parlons-nous sans cesse de réparer les conséquences de l’exclusion plutôt que d’investir dans ce qui la prévient ? Pourquoi les responsables politiques continuent-ils de considérer la culture comme une variable d’ajustement, alors qu’elle est l’un des investissements les plus rentables que puisse faire une société ?

Nous savons. Les chercheurs accumulent les preuves. Les éducateurs les constatent chaque jour. Les artistes les vivent. Les familles les racontent.

Nous savons que l’art, lorsqu’il est accessible à tous, transforme profondément les individus et les territoires.

Alors qu’attendons-nous ? Le véritable patrimoine d’un pays ne réside pas seulement dans les monuments qu’il restaure. Il réside dans les enfants auxquels il offre une raison de croire en demain.

Une Maison Passeurs d’Arts n’est pas une utopie. C’est une décision. Je continue de croire qu’un jour, quelque part en France, des responsables politiques auront le courage de la prendre.

JeanClaude Decalonne Fondateur de TUTTI Passeurs d'Arts



 
 
 
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