La musique, bien commun. Et maintenant ?
- JeanClaude Decalonne

- il y a 7 jours
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Et si la musique n’était pas simplement un art parmi d’autres ? Et si elle était un élément essentiel, au même titre que l’éducation, que la dignité, qui donne quelquefois, souvent, la possibilité de se construire ?

La musique traverse les frontières sans passeport. Elle porte les mémoires, les joies, les douleurs, les espérances. Mais tant que nous ne la reconnaîtrons pas comme un bien universel fondamental, elle restera fragile, reléguée, considérée comme optionnelle dans les politiques publiques.
Nous traversons une époque troublée. Les tensions s’exacerbent. Les replis identitaires progressent, la peur s’installe. On parle d’économie, de sécurité, de frontières. On parle peu de ce qui relie profondément les êtres humains, et pourtant...
... pourtant un orchestre est une école de civilisation, un chœur est une expérience de démocratie vivante.
Dans un orchestre, personne ne gagne seul. Dans un chœur, aucune voix ne peut exister durablement sans les autres. On apprend à écouter, à respirer ensemble. On apprend que la justesse est une construction collective.

Et puis il y a ces enfants. Des enfants issus de familles parfois modestes. Des enfants pour qui la culture semblait réservée à d’autres. Des enfants qui n’avaient jamais franchi la porte d’un grand lieu musical.
Un jour, ils entrent dans un orchestre TUTTI. Ils tiennent maladroitement un instrument. Ils doutent. Ils n’osent pas regarder le public.
Et quelques années plus tard, les voilà sur les scènes prodigieuses des grands conservatoires. À l’Olympia. À l’Unesco. Sous l’Arc de Triomphe, interprétant l’hymne national ou européen avec une intensité bouleversante.

Qui aurait pu imaginer cela ? Dans leurs yeux, il n’y a pas seulement de la fierté. Il y a la découverte d’une possibilité, la preuve intime qu’ils ne sont pas condamnés à l’invisible. Qu’ils ont leur place, qu’ils peuvent porter quelque chose de beau et de grand.
Ces moments sont inimaginables avant de les vivre, et inoubliables après. La musique ne les a pas seulement formés. Elle les a redressés. Elle a transformé leur rapport au monde, à eux-mêmes, aux autres.

Dans les quartiers fragiles, l’orchestre devient un lieu de réparation. Il redonne une dignité.
Il crée du lien. Il transforme l’énergie brute en harmonie.
La musique n’est pas un supplément. Elle est une nécessité humaine. Si nous voulons une société apaisée, une jeunesse debout, une Europe forte, nous devons cesser de considérer les orchestres et les chœurs comme des activités périphériques. Ils sont des lieux où se fabrique la citoyenneté.
Ils sont des laboratoires d’harmonie sociale. Ils sont des espaces où l’on expérimente concrètement le vivre-ensemble. Dans une époque troublée, la musique est une réponse. JeanClaude Decalonne





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