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Le véritable héritage...

il y a 3 jours
4 min de lecture

Élus… On ne vous demandera pas quelle température il fera dans vingt ans. En revanche, on vous reprochera tout ce que les enfants d’aujourd’hui ne seront pas devenus. Nous vivons une époque étrange. Chaque jour apporte son lot d’urgences. Le climat. La dette. Les conflits. La sécurité. L’économie. Les progrès technologiques. Chacun de ces sujets semble appeler une réponse immédiate, au point que nous avons le sentiment de courir sans cesse derrière le prochain incendie à éteindre.

Pourtant, au milieu de cette agitation permanente, une évidence s’efface peu à peu : tout ce que nous espérons construire demain dépend d’abord des enfants que nous faisons grandir aujourd’hui.

Nous discutons de la planète que nous leur laisserons. Nous nous inquiétons de la société dans laquelle ils vivront. Mais prenons-nous encore suffisamment le temps de nous demander quels êtres humains ils deviendront ? Car bientôt, ils ne seront plus des enfants. Ce temps-là ne se rattrape jamais.

Je crois que notre plus grande erreur est de vouloir préparer les enfants à devenir des adultes toujours plus tôt. Nous les confrontons à nos peurs, à nos angoisses, à nos divisions. Nous leur demandons d’être performants, responsables, compétitifs, comme si l’enfance n’était qu’une salle d’attente avant la vraie vie. Je crois exactement l’inverse.

Un enfant doit rester un enfant le plus longtemps possible, parce que c’est pendant ces années-là qu’il apprend à s’émerveiller, à faire confiance, à créer, à aimer, à imaginer un monde plus beau que celui qu’il connaît. C’est pendant ces années-là que naît cette énergie intérieure qui lui permettra, plus tard, de traverser les difficultés sans renoncer à son humanité.

Nous avons besoin de leurs rêves de gosses. Nous avons besoin de leur enthousiasme, de leur curiosité, de leur capacité à croire que l’impossible peut devenir possible. Ce sont eux qui répareront le monde que nous leur laisserons. Encore faut-il que nous ne les ayons pas privés, pendant leur enfance, de cette force qui leur donnera envie de le faire.

Voilà pourquoi je suis convaincu que l’accès à l’art ne devrait jamais être considéré comme secondaire. Chanter ensemble. Jouer d’un instrument. Danser. Déclamer un poème. Dessiner. Monter sur une scène. Contempler un paysage. Être bouleversé par une œuvre. Toutes ces expériences construisent silencieusement des êtres humains capables de sensibilité, d’écoute, de coopération et d’espérance.

On protège davantage la nature lorsqu’on a appris à s’émerveiller devant sa beauté. On respecte davantage les autres lorsqu’on a découvert, grâce à la musique, au théâtre ou à la danse, la joie de créer ensemble. On devient plus difficilement violent lorsque l’on a grandi dans un univers où l’émotion avait sa place.

J’aimerais lancer un appel à tous ceux qui exercent des responsabilités publiques : maires, présidents de collectivités, ministres, décideurs. On pourra toujours débattre de la température qu’il fera dans vingt ans. Aucun d’entre vous, à lui seul, ne décidera du climat de la planète. En revanche, chacun d’entre vous décide, dès aujourd’hui, des chances que les enfants de son territoire auront de révéler leurs talents et de construire leur avenir.


Dans vingt ans, l’histoire ne vous demandera pas seulement quels bâtiments vous aurez inaugurés, quelles routes vous aurez construites ou quels budgets vous aurez équilibrés. Elle vous demandera surtout ce que sont devenus les enfants qui vous avaient été confiés. Avez-vous fait naître chez eux le goût de la beauté, de la musique, de la lecture, de la nature, du vivre-ensemble ? Leur avez-vous donné confiance en eux ? Leur avez-vous permis de devenir pleinement eux-mêmes ?

Si des générations d’enfants grandissent sans passion, sans émerveillement, sans art, sans joie de créer et de partager, alors ce ne sont pas seulement leurs vies que nous aurons appauvries. C’est l’avenir même de notre société que nous aurons compromis. Et cela, oui, relève de nos choix politiques.

Auront-ils grandi dans un climat suffisamment serein pour développer le meilleur d’eux-mêmes ? Auront-ils rencontré des enseignants capables de transmettre leur passion, des artistes capables de les émerveiller, des éducateurs qui leur auront donné confiance en eux ? Auront-ils trouvé des lieux où l’on chante, où l’on joue, où l’on danse, où l’on crée, où l’on apprend à écouter les autres autant qu’à s’exprimer soi-même ? Ou leur aura-t-on expliqué, une fois encore, que tout cela pouvait attendre parce que d’autres urgences occupaient tout l’espace ?

Je crois que nous faisons fausse route lorsque nous voulons préparer les enfants à un monde difficile en leur faisant porter, toujours plus tôt, les inquiétudes des adultes. Nous ne sauverons pas le monde en révélant des enfants inquiets. Nous le sauverons en révélant des enfants profondément heureux d’être vivants, des enfants qui auront découvert la joie de créer, le bonheur de partager, le goût de la beauté et le désir de prendre soin des autres comme de la planète qu’ils habiteront.

Alors oui, protégeons le climat. Redressons nos finances. Répondons aux défis de notre époque. Mais n’oublions jamais que toutes ces batailles seront perdues d’avance si nous abandonnons celle qui les rend toutes possibles : offrir à chaque enfant une enfance suffisamment belle pour lui donner envie, devenu adulte, de rendre le monde plus beau qu’il ne l’a trouvé.

Boss
Boss

Nous avons le devoir de laisser aux générations qui viennent une planète vivable. Mais nous avons un devoir plus grand encore : leur donner des raisons de l’aimer. Car on protège toujours mieux ce que l’on aime que ce que l’on craint.

Chaque enfant révélé est une promesse pour l’humanité. JeanClaude Decalonne Fondateur de TUTTI Passeurs d'Arts

Les enfants ne seront enfants qu’une seule fois. Aidons-les aujourd’hui


 
 
 

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