Trop cher, un orchestre ? Essayez le prix de l’abandon !
- JeanClaude Decalonne

- 10 mai
- 2 min de lecture

On parle de coûts. Comme si tout pouvait se mesurer à l’aune d’un budget. On hésite. On calcule. On reporte. Pendant ce temps, des territoires entiers basculent. Pas brutalement., silencieusement, par manque de présence, par manque d’attention, par manque de lieux.
Car l’abandon ne fait pas de bruit, il s’installe. Et quand il est là, d’autres prennent la place. Ceux qui savent capter la fragilité. Ceux qui prospèrent sur l’ennui, la colère, l’ignorance.
Alors soyons clairs ; ne pas créer de cadres bienveillants, exigeants, structurants pour les enfants des secteurs les plus fragiles, ce n’est pas une erreur. C’est une faute. Une faute politique. Une faute morale. Une faute stratégique.
Car nous savons. Nous savons que des lieux d’apaisement peuvent exister. Nous savons que des espaces de créativité transforment des trajectoires. Nous savons que lorsque des enfants jouent ensemble, ils apprennent à s’écouter, à se respecter, à se construire. Nous savons que cela fonctionne et malgré cela, certains hésitent encore.
Un orchestre n’est pas un luxe. C’est un rempart. Un rempart contre la désagrégation. Un rempart contre le renoncement. Un rempart contre l’idée terrible que certains enfants seraient condamnés à recevoir moins que les autres.
Ce qui est dérisoire, ce ne sont pas les budgets. C’est de croire qu’ils sont un argument suffisant pour ne rien faire, car le coût de l’inaction est infiniment plus élevé. Il se paie en vies abîmées, en territoires perdus, en fractures irréversibles.
Aujourd’hui, la question n’est plus culturelle. Elle est profondément politique. Allons-nous continuer à regarder ces territoires s’éloigner… ou allons-nous avoir le courage de les reconquérir, par l’intelligence, par la beauté, par l’exigence, et par ces apprentissages enrichissants qui structurent une vie et ouvrent des horizons ?
Car la réalité est là, implacable : l’accès à une pratique musicale réelle concerne une part infime des enfants, bien moins de 5 % sur certains territoires. Alors non, ce n’est pas une question de désir, c’est une question d’offre.
Agir avant qu’il ne soit trop tard... II faut d'urgence créer. Créer des lieux d’apaisement., des lieux d’exigence... des lieux où l’on révèle ce que chaque enfant porte en lui.
Et puis, un jour, dans ces lieux que certains jugeaient inutiles, un enfant lèvera son instrument. Il ne saura pas encore lire le monde, mais il saura déjà l’écouter. Il ne saura pas encore tout dire, mais il aura trouvé une voix. Et dans ce souffle fragile devenu musique, il y aura plus que des notes. Il y aura une promesse. Celle qu’aucun territoire n’est condamné. Celle qu’aucun enfant n’est perdu.
JeanClaude Decalonne TUTTI Passeurs d'Arts







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