Lhomme qui a fait basculer le destin de l’enfance.
- JeanClaude Decalonne

- 8 mai
- 4 min de lecture

José Antonio Abreu. Le 7 Mai 1939 naissait l'homme qui a fait basculer le destin de l’enfance.
Dans le Venezuela des années 60 et 70, des milliers d’enfants grandissent dans la pauvreté. Ils sont là… mais invisibles. Pas considérés comme une richesse. Pas même comme une promesse.
Pour beaucoup, ils ne sont qu’un problème à gérer. Une charge pour la société. C’est dans ce monde-là que naît José Antonio Abreu. Dans ce monde-là qu’il va allumer une lumière que rien ne pourra plus éteindre.
Il est le premier à affirmer que ces enfants sont, au contraire, la plus grande richesse de son pays.
Alors il fait ce que personne n’avait imaginé. Il ne crée pas une aide sociale. Il ne propose pas une solution minimale. Il leur donne le meilleur de ce que l’humanité peut offrir. Un orchestre. Une exigence. Une place.
Parce qu’il comprend une chose essentielle : Un enfant ne grandit pas sereinement avec ce qui le maintient juste à flot. Il s’élève avec ce qu’on lui offre de plus grand.
C’est ainsi qu’en 1975, au cœur de Caracas, dans un simple garage, avec quelques enfants, naît ce qui deviendra El Sistema, un mouvement qui transformera des centaines de milliers de vies .

Là où l’on proposait des réponses minimales, il a offert l’exigence, la beauté, la grandeur. Et il l’a fait sans compromis.
Des centaines de milliers d’enfants. Un système devenu modèle dans le monde entier, des orchestres surgis là où l’on n’attendait plus rien. Personne. Jamais, n’a porté aussi loin une vision de l’enfance. N’a donné autant, avec une telle intensité.
5 mars 2013. Je suis arrivé à Caracas ce jour-là. Le jour même où la mort du Président Hugo Chavez était annoncée.nLe pays était suspendu. Tendu. Inquiet.
Je devais parcourir le Venezuela, découvrir les multiples visages d’El Sistema, ces centres nommés “Nucleos" où la musique change des vies. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Je suis resté là, à Caracas. Dans ce lieu unique. Le Centre d’Action Sociale pour la Musique. Dix jours.
Dix jours d’immersion totale. Dix jours d’imprégnation. Dix jours qui ont marqué ma vie. Dans ce lieu, je n’ai pas seulement vu des enfants jouer. J’ai vu une société en train de se reconstruire. J’ai compris ce que voulait dire Abreu. Pas dans les mots. Dans la réalité.
L'orchestre infantile du Sistema vénézuélien... ils ont moins de douze ans !
Notre plus grande richesse, ce sont ces enfants à qui l’on donne tout pour les aider à grandir.
Et là, tout s’est éclairé pour moi. Un enfant ne grandit pas avec ce qui le maintient à flot. Il s’élève avec ce qui lui ouvre le monde. Ses mots ne m’ont pas seulement touché.Ils m’ont pénétré. Ils m’ont transformé. Ils m’ont guidé pour toujours.
J’ai vu, là-bas, l’émotion dans les yeux de celles et ceux qui vivaient El Sistema… quand le Maestro était là. Une présence. Une force. Une élévation collective.
Quelques jours après sa disparition, un hommage lui a été rendu dans le grand stade de Caracas
Dix mille musiciens ont joué pour lui les œuvres qu’il aimait, les larmes aux yeux
Un hommage immense. Un peuple debout.

Cette émotion-là… je l’ai reconnue ailleurs. À l’UNESCO, à Paris, pour un hommage français à Abreu, quand les orchestres TUTTI ont joué à leur tour. Enfants, professeurs, musiciens amis des Passeurs d'Arts (Abreu aimait beaucoup ce nom). La même vibration. La même intensité. La même vérité.
Si vous croisez des Vénézuéliens face à une image du Maestro, vous aurez de grandes chances de voir leurs regards devenir humides. Une émotion immédiate. Ils savent que cet homme a sauvé des centaines de milliers d’enfants de la désespérance.
Abreu a compris une chose essentielle, que nous peinons encore à admettre : un enfant n’a pas besoin qu’on le sauve. Il a besoin qu’on lui donne accès à la beauté.
Parce que la beauté construit. Parce que la musique structure. Parce que l’orchestre élève.
Et quand un enfant entre dans un orchestre, ce n’est pas seulement un musicien qui naît. C’est un être humain qui se redresse.
Aujourd’hui, dans un monde qui doute, qui fragilise, qui renonce parfois à ses propres enfants, son message est plus actuel que jamais. Il ne s’agit pas d’ajouter un peu de culture. Il s’agit de refonder notre regard.
Croire en chaque enfant. Totalement. Sans condition.
C’est cette conviction qui nous anime. À travers TUTTI Passeurs d’Arts, nous poursuivons, ici, cette œuvre immense. Pas comme un hommage. Pas comme un souvenir. Comme une nécessité.
Faire naître des orchestres là où on ne les attend pas. Révéler ce que chaque enfant porte en lui.
Créer, partout, ces endroits rares… où la musique transforme la vie.
JeanClaude Decalonne Président de TUTTI Passeurs d'Arts

En France chez TUTTI Passeurs d'Arts, nous revendiquons notre adhésion à la philosophie du Maestro José Antonio Abreu, et notre appartenance à SISTEMA EUROPE






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