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Ils ne sont pas accros aux écrans. Ils ont surtout soif de passion.


Tutti Bretagne : Jeunes passionnés d'orchestre, passant plus de temps sur leurs instruments que sur leurs téléphones
Tutti Bretagne : Jeunes passionnés d'orchestre, passant plus de temps sur leurs instruments que sur leurs téléphones

Hier, une rencontre m’a profondément marqué.

Une pianiste ukrainienne. Trois enfants. La guerre l’a poussée à quitter son pays pour reconstruire sa vie en Tunisie. Chaque été, lorsqu’elle revient voir sa famille en France, elle passe rue de Rome à Paris pour faire réviser les instruments de ses enfants : un saxophone, une trompette, un cor.

Nous avons parlé de musique. Nous avons parlé d’enfance. Nous avons parlé de cet enfant ukrainien dont j’ai raconté l’histoire il y a quelques jours. Et puis la conversation a glissé vers un autre drame. Un drame silencieux.


Les écrans.

Même elle, qui a fait de la musique le cœur de l’éducation de ses enfants, me racontait combien il est difficile de les arracher à l’attraction permanente des téléphones. Même elle.

Alors que ses enfants jouent d’un instrument, participent à des projets artistiques, vivent dans un environnement où la culture occupe une vraie place, elle constate que le téléphone exerce une force de captation extraordinaire.


Si même ces enfants-là sont concernés, que dire des millions d’autres qui n’ont jamais la chance de découvrir une passion suffisamment forte pour rivaliser avec l’écran ?

Nous faisons fausse route. Depuis des années, nous débattons de l’interdiction du téléphone, des contrôles parentaux, des limitations horaires, des réseaux sociaux, des algorithmes…

Tout cela est nécessaire, mais cela ne suffira jamais. On ne gagne pas une bataille contre une addiction uniquement en supprimant l’objet de l’addiction.

Il faut offrir quelque chose de plus puissant. Un enfant ne renonce pas à quatre heures de téléphone parce qu’un adulte le lui ordonne. Il y renonce lorsqu’il découvre une activité qui le fait vibrer davantage.

La vraie question n’est donc peut-être pas : Comment enlever les écrans ? Mais plutôt : Qu’avons-nous donné aux enfants qui mérite davantage leur attention ? Comprenons qu'un orchestre, ce n’est pas seulement de la musique ; c’est un groupe auquel on appartient. C’est une responsabilité. C’est un défi permanent. C’est une progression visible.

C’est l’émotion d’un concert, la fierté de réussir quelque chose de difficile. C’est l’amitié, la confiance retrouvée, c’est le plaisir d’être applaudi pour un effort réel.

Autrement dit… tout ce que recherchent aussi les réseaux sociaux, à quelques différences près.


L’orchestre construit. L’écran capte.

L’orchestre développe l’attention. L’écran la fragmente.

L’orchestre apprend la patience. L’écran récompense l’immédiateté.

L’orchestre fait grandir l’estime de soi. L’écran entretient souvent la comparaison permanente.

L’orchestre crée des citoyens. L’écran fabrique surtout des consommateurs.


Depuis trente ans, j’entends des élus m’expliquer que les projets artistiques coûtent cher ; j'affirme qu'ils se trompent de calcul. Combien coûtera demain une génération qui ne sait plus se concentrer ?

Combien coûteront les troubles de l’attention ? Les difficultés scolaires ? L’isolement ? L’anxiété ? La perte de confiance ? Les addictions numériques ? Les violences ?

Nous continuons à considérer les orchestres, les chœurs, les ateliers artistiques comme des activités périscolaires. C’est une erreur historique.

Ils sont peut-être devenus des outils majeurs de santé publique. Des outils d’éducation, de prévention. Des outils de reconstruction de l’attention.

Pendant que nous cherchons comment éloigner les enfants des écrans, eux nous disent peut-être simplement : « Donnez-nous une passion assez forte pour que nous ayons envie de lever les yeux. »


Les enfants ne demandent pas à devenir dépendants d’un téléphone. Ils demandent à vivre des aventures, à être admirés, à appartenir à une équipe. À relever des défis, à sentir qu’ils progressent.

Nous avons laissé les plateformes numériques répondre à ces besoins humains avant nous.

Il est temps que l’école, les communes, les associations et le monde culturel reprennent cette place.

Nous ne gagnerons pas la guerre contre les écrans avec des interdictions seules. Nous la gagnerons lorsque chaque enfant pourra dire : "J’ai quelque chose de plus passionnant à faire."


Voilà pourquoi je continuerai à défendre les orchestres. Non parce qu’ils fabriquent des musiciens, mais parce qu’ils fabriquent des enfants capables de choisir leur avenir plutôt que de le laisser choisir par un algorithme.

JeanClaude Decalonne TUTTI Passeurs d’Arts ne construit pas seulement des orchestres. Nous construisons des passions capables de détourner les enfants des écrans et de leur redonner le goût de l’effort, du collectif et de la réussite. Il serait temps que nos élus prennent conscience qu’ils tiennent peut-être là l’une des réponses les plus puissantes aux défis éducatifs de notre époque.


 
 
 

1 commentaire

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Invité
il y a 5 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

Le texte est d'une actualité absolue. Chaque phrase est juste. C'est le souci de plusieurs familles que baissent les bras et qui perdent l'espoir de trouver la vrai passion pour leur petits. La musique à un potentiel indiscutable. Continuons !!!!! Heureusement dans l'activité musicale on trouve plusieurs instruments et plusieurs choix. Vive la musique dans nos âmes et dans nos cœurs !

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