Depuis quand l’humanité est-elle devenue une variable électorale ?
À quel moment avons-nous accepté que la défense des droits humains dépende de calculs politiques, d’alliances stratégiques ou du nombre de voix qu’une cause pourrait rapporter ?

Une petite fille afghane privée d’école, une Iranienne emprisonnée pour avoir refusé le voile, un enfant palestinien, ukrainien ou russe victime de la guerre, un enfant israélien victime du terrorisme : chacun mérite la même considération pour sa vie et sa dignité.
Aucun enfant ne choisit le pays où il naît. Aucun ne choisit la guerre, la religion ou les convictions de ses parents. Et aucun ne devrait avoir à en payer le prix. Cela devrait être une évidence. Une évidence absolue, universelle, indiscutable. Et pourtant…
Nous vivons dans un monde où l’indignation semble devenue sélective. Où l’on condamne avec véhémence les crimes de ses adversaires, tout en trouvant mille excuses à ceux de ses alliés. Où certaines souffrances provoquent des manifestations gigantesques, tandis que d’autres se heurtent à un silence assourdissant.
Depuis quand faut-il appartenir au bon peuple, à la bonne religion, au bon camp politique pour mériter notre compassion ?
Je regarde avec effroi ce qui se passe en Afghanistan, où les filles sont privées d’éducation. Je pense à ces femmes iraniennes qui risquent leur liberté, parfois leur vie, pour revendiquer le droit de disposer de leur propre corps. Je pense aux enfants massacrés, mutilés, traumatisés par des guerres qu’ils n’ont pas choisies, et je ne comprends pas.
Je ne comprends pas comment des responsables politiques, qui prétendent défendre la liberté, l’égalité et la dignité humaine, peuvent parfois se montrer si accommodants envers des régimes qui piétinent ces mêmes valeurs.
Je ne comprends pas que l’on puisse défendre avec tant de conviction les droits de certaines populations et paraître si peu préoccupé par ceux des autres. Je ne comprends surtout pas que nous finissions par trouver cela normal.
L’humanisme n’a pas de frontières. Il ne devrait pas avoir de parti.
On ne peut pas défendre la liberté des femmes ici et détourner le regard lorsqu’elles sont opprimées ailleurs. On ne peut pas dénoncer le racisme tout en tolérant l’antisémitisme. Ni combattre l’antisémitisme en fermant les yeux sur la haine des musulmans.
On ne peut pas pleurer les enfants d’un peuple et rester indifférent à ceux d’un autre.
La dignité humaine ne se négocie pas. Elle ne se hiérarchise pas. Elle ne se soumet pas aux résultats des sondages.
Ce qui m’inquiète aujourd’hui, au-delà des affrontements politiques, c’est cette lente disparition de l’exigence morale derrière les stratégies électorales. Nous avons besoin de responsables capables de défendre une conviction même lorsqu’elle leur coûte des voix. Capables de condamner une injustice même lorsqu’elle est commise par leurs amis. Capables de reconnaître l’humanité de ceux qui ne pensent pas comme eux.
Est-ce donc devenu si difficile ? Et les enfants, dans tout cela ?
Ce sont eux qui héritent de nos lâchetés, de nos renoncements et de nos contradictions. Nous prétendons leur enseigner le respect, la fraternité, la solidarité. Mais quel exemple leur donnons-nous lorsque nous acceptons que la valeur d’une vie humaine varie selon les intérêts de ceux qui gouvernent ?
J’ai passé une grande partie de ma vie à défendre une conviction simple : chaque enfant est extraordinaire, chaque enfant porte en lui une richesse que nous avons le devoir de révéler. Cette conviction n’a jamais eu besoin de connaître la nationalité, la religion ou les opinions politiques de ses parents.
Un enfant est un enfant. Une vie est une vie. Une injustice est une injustice.
Il serait peut-être temps de nous souvenir que l’humanité n’est ni de gauche ni de droite et que celui qui prétend la défendre doit commencer par refuser de choisir ceux qui méritent d’en faire partie.
Car le jour où nous acceptons de sélectionner les êtres humains dont la souffrance mérite notre indignation, ce n’est plus seulement la politique qui a perdu son âme. C’est notre humanité qui vacille.
JeanClaude Decalonne - Fondateur de TUTTI Passeurs d'Arts
Les enfants ne seront enfants qu’une seule fois. Aidons-les aujourd’hui







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